Îlot Natrel: Troublant parallèle…

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Louis Émond

(Par Louis Émond) Le lundi 12 novembre dernier, le changement au zonage de l’îlot Natrel a été approuvé à la séance du conseil de ville, par cinq votes contre trois. Cette adoption, il faut le souligner, a été signée au mépris complet de la volonté exprimée par les citoyens notamment lors de la consultation publique qui engendra Vision stratégique 2035.

Jamais, au cours de toute la consultation, il ne fut dit que nous, gens de Saint-Bruno, accepterions qu’une firme – COGIR ou une autre – puisse aller de l’avant avec le projet d’ériger un volumineux édifice réservé aux aînés, au cœur de notre ville.

Cette décision ne cadre pas non plus avec le plan d’urbanisme adopté par la Ville en décembre 2017, il y a un an seulement, ni avec leur propre engagement électoral.

Même le comité consultatif d’urbanisme n’a pu recommander le changement de zonage.

Alors? Que s’est-il passé? Comment s’y est-on pris pour faire tout de même avancer un projet dont apparemment personne ne voulait et, de surcroît, en rayant d’un trait de plume un important élément du plan d’urbanisme dont s’est dotée notre ville en décembre 2017?

Comment? Facile.  

On a formé un soi-disant comité de travail composé de trois élus du parti (le maire et les conseillers Martin Guevremont et Jacques Bédard), de représentants du promoteur (on croit rêver!) et de citoyens… choisis par le maire lui-même! Ce comité déclara que, oh ma foi, mais que voilà une excellente idée, tout en prévenant – même eux! – que ce projet faisait face à deux réticences : le nombre d’étages et la vocation.

LA VRAIE QUESTION

Mais la vraie question n’est pas tant comment? La vraie question est pourquoi?

Pourquoi tant tenir à ériger un immense bloc de cinq (voire six) étages qui ne respecte en rien le bâti de ce secteur? Pourquoi tant tenir à ériger un édifice dont les caractéristiques vont à l’encontre des recommandations de l’organisme Vivre en ville?

Comme dirait le maire lui-même : « Eh bien, la réponse est toute simple… »

Eh oui, elle est toute simple, en effet.

Comme tant d’autres avant eux, il appert que le Parti montarvillois s’est lié les mains en faisant miroiter des choses au vendeur (Agropur/Natrel) puis au promoteur (COGIR). Non, non, non, absolument rien d’illégal, mais tout ce qu’il y a d’extrêmement mal avisé et surtout qui ne respecte rien de notre volonté ou de nos procédures démocratiques.

Conséquemment, le prix au pied carré demandé pour ce terrain a grimpé en flèche et, au final, devant le montant faramineux payé pour ce lot, nos élus, qui en furent la cause, ont été forcés de livrer la marchandise, de concrétiser ce qu’ils avaient fait miroiter.

Et c’est ça qu’ils appellent faire de la politique autrement…

LE PARTI MONTARVILLOIS 2.0

Attention! Je reconnais que le Parti montarvillois a fait de très belles choses pour notre ville. Ces hommes et ces femmes, quand ils sont entrés en poste, avaient à cœur l’avenir de Saint-Bruno. Ils et elles avaient à cœur de mieux écouter la population et de vraiment tenir compte de leur avis. Elles et ils avaient à cœur de faire tomber le mur élevé par l’administration précédente et qui s’interposait entre la tribune des élus et la salle.

Ils ont même cherché à le faire pour vrai, en 2013! Mais il y avait une importante structure en dessous de cette plateforme et un nœud de filage électrique et électronique inextricable… Bref, c’était trop compliqué.

Mais j’insiste : le nombre de leurs bons coups est assez élevé pour ne pas nous faire regretter le triste règne de Claude Benjamin et consort. Ça, c’est incontestable.

Cependant, quelque chose s’est produit au fil des ans, et ça a dérapé.

Lentement, mais aussi inexorablement qu’une voiture sur la glace vive en pleine tempête hivernale. Ça a dérapé mais visiblement personne parmi ces gens de bonne volonté ne semble s’en être aperçu.

Cela nous a donné depuis quelques décisions étranges.

Comme la destruction projetée – et tant contestée – du parc Rabastalière et l’installation à cet endroit d’un centre multi-sportif de 50 millions de dollars.

Ou comme ce «deuxième manoir» de cinq, voire six étages que l’on cherche à implanter sur l’ancien îlot Natrel et qui, pour de nombreuses décennies, redéfinira lourdement notre centre-ville, tant sur le plan de sa vitalité que sur celui de sa configuration.

LE TROUBLANT PARALLÈLE

Or, assez étrangement, cette volonté qui anime le conseil de ville de nous imposer une chose dont plusieurs ne veulent pas me rappelle un autre combat pas si loin dans ma mémoire et qui m’amène à poser la question suivante à Vincent Fortier, Martin Guevremont, Isabelle Bérubé, Jacques Bédard et au maire: en quoi le fait de s’avancer aussi imprudemment dans les pourparlers avec COGIR et Natrel, avant même qu’une résolution ait été passée au conseil, est-il si différent de ce qui s’est passé au moment de l’achat par un sénateur et promoteur immobilier d’un espace de six hectares adossé à la montagne, selon le fameux Dossier noir de la forêt des Hirondelles?

Et au regard du peu d’acceptabilité sociale que prouvent toutes les consultations antérieures, en quoi le projet de COGIR diffère-t-il tant de celui de La Futaie qui devait être développé sur le site de la forêt des Hirondelles?

La Futaie ne fut-elle pas décriée aussi vertement – sans jeu de mots – par la population que l’est aujourd’hui l’imposant édifice et ses 300 unités d’habitation destinées aux gens du troisième âge?

L’ironie dans tout ça, c’est que plusieurs des élus qui sont assis en avant et qui décident de tout sont aussi ceux qui ont fait de la protection de la forêt des Hirondelles l’un de leurs principaux fers de lance aux élections de 2013.

Alors je le répète, en quoi ces deux dossiers diffèrent-ils?

Oui, je sais, l’îlot Natrel n’est pas un espace vert. (Ah oui, en passant, selon la définition qu’en donne le MAMOT, et malgré ce que répète erronément le maire, les deux terrains de balle sont eux, bel et bien des espaces verts. Que ce soit dit une fois pour toute!)

Non, l’îlot Natrel n’est pas un espace vert. Mais en ce qui a trait au respect du caractère villageois, de même qu’à la vocation et à la mission d’avenir de notre centre-ville, il est, aux yeux de beaucoup de mes concitoyens et concitoyennes, tout aussi précieux.

ON JETTE LA SERVIETTE? PAS ENCORE…

Comme l’administration a renié un engagement électoral important, il est possible de lui demander de tenir un référendum sur la question.

Mais plus encore, j’invite tous ceux et toutes celles qui s’opposent à la construction d’un pareil building, masse volumique qui va transformer pour de bon et le profil et le cœur de notre ville, sans parler du reste, à se rendre à la salle du conseil le lundi 3 décembre dès 19h afin de dire votre désaccord aux gens qui vous représentent, car le dossier reviendra une dernière fois en séance du conseil pour approbation.  

Écouteront-ils? Prêteront-ils l’oreille à leurs concitoyennes et concitoyens?

Ou bien, parce que c’est trop compliqué, décideront-ils de maintenir le mur entre l’estrade et la salle?

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