La distanciation politique et sociale sont de mise pour un DG, M. Brouillette…

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Dans ma chronique qui traitait entre autres de la plainte du Directeur général de la ville, M. Sylvain Brouillette  envers la conseillère Isabelle Bérubé à la Commission des affaires municipales du Québec «Une tempête dans un verre d’eau», je relevais que celle-ci était de nature politique, puisque d’une part avec cette initiative le DG s’immisçait dans un dossier politique ce qui est contraire au devoir de réserve qu’un DG doit observer en la matière. D’autre part, j’y soulignais que toute cette histoire autour du vote de madame Bérubé relevait d’un cirque politique et médiatique mis en scène par la coalition de conseillers municipaux qui gouvernent la ville…

«L’affaire Bérubé»

Suite à la publication de cette chronique, plusieurs citoyen(ne)s et élu(e)s m’ont accusé de banaliser le geste posé par la conseillère Bérubé et d’avoir un parti pris en faveur de celle-ci et du Parti montarvillois. Or ces critiques ont cessé lorsque le journal Les Versants a publié un article qui citait une spécialiste du monde municipal, Mme Danielle Pilette (UQAM), qui exprimait sensiblement les mêmes propos que moi. Celle-ci ne voyait rien à reprocher au vote de la conseillère: 

«Les commissions au sein de l’agglomération de Longueuil n’ont aucun pouvoir décisionnel. Elles ne donnent que des recommandations au conseil de l’agglomération de Longueuil, qui, lui, prendra la décision. Si elle n’a pas suivi la résolution de son conseil municipal dans un vote au sein d’une commission, c’est au conseil municipal de la sanctionner s’il n’a plus confiance en cette conseillère pour le représenter, mais pas au directeur général. Un directeur général n’a pas à se prononcer sur le choix des élus. Vous me dites aussi que la décision du vote a été unanime au sein de cette commission. Elle n’est donc pas la seule à avoir voté contre la volonté de la Ville de Saint-Bruno. En bout de ligne, ce sont les élus dans une municipalité qui sont au pouvoir. L’administratif n’a que le rôle d’appliquer les décisions politiques» (Les Versants, 10-09-20)

Bien entendu c’était dans les prérogatives du DG de faire une plainte, comme c’est le cas pour un citoyen qui appelle la police parce qu’un enfant a volé une pomme dans son pommier!

Sylvain Brouillette (1), qui en est à sa première expérience comme DG d’une municipalité, aurait pu évoquer son inexpérience dans la fonction qu’il occupe et saisir cette occasion pour retirer sa plainte et s’excuser auprès de la conseillère. Ce qu’il n’a pas fait, au contraire; il a commis d’autres gestes qui témoignent de son manque de distanciation face au politique.

Dans un livre que tout bon DG a sur son bureau, «Tandem, Réussir sa relation maire DG», l’auteur Gérard Divay met bien en évidence la nécessaire distanciation entre le politique et l’administratif. Dans l’extrait qui suit, l’auteur aborde la relation entre un DG et un maire, mais ceci est aussi valable pour les relations entre DG et conseillers, en particulier dans un cas ou le maire et les élus de son parti sont minoritaires au sein d’un conseil et que «l’opposition» gouverne de facto la ville.

«Le DG doit penser en termes administratifs, en tenant en compte des enjeux politiques. D’une part, il doit cerner les conjonctures politiques de certaines situations et évaluer les impacts politiques de certaines propositions et, d’autre part, il doit faire comprendre aux élus les contraintes et les impacts administratifs des décisions.

Si, dans la conduite de la municipalité, le DG est étroitement associé au maire, il doit néanmoins éviter sa présence médiatique aux côtés du maire ou du moins la limiter.Comme sur tout dossier, il revient au DG d’offrir le point de vue le plus objectif possible en fonction de ses propres observations et de son expertise professionnelle. Cette relation privilégiée ne doit cependant pas se transformer en amitié personnelle.» (p 53)

Des photos qui en disent long…

31 juillet 2020, en pleine pandémie, partie de golf avec le
conseiller Joël Boucher (photo à la une), le DG Sylvain Brouillette
et à droite un ex trésorier de la municipalité, Paul Perreault. Le DG de par ses fonctions est responsable de l’application des mesures sanitaires qui sont exigées en ce temps de pandémie. À ce titre, il se doit de donner l’exemple. (capture d’écran)

Or, comme on le constate dans la photo en couverture et celle ci-haut, qui proviennent de captures d’écran de la page publique du conseiller Joël Boucher, le DG ne garde non seulement pas la distanciation sociale (2m) que le gouvernement demande, mais non plus la nécessaire distanciation politique qui est de mise dans la fonction qu’il occupe. Dans un cas comme dans l’autre, il n’est pas un exemple à suivre… Il est aussi paradoxal de voir sur la photo à la une, le conseiller Boucher, qui publiquement a toujours défendu avec verve la nécessaire distanciation sociale ce qui l’a amené à voter contre le lancement du marché public (extrait Youtube), ne pas, dans sa sphère «privée», respecter ce qu’il prêche publiquement…

Le micro parc avec aire de jeux sur de Chambly

L’annonce par le conseiller et aspirant maire Ludovic Grisé Farand de la construction d’un micro parc avec aire de jeux sur la rue de Chambly a donné lieu à une importante levée de bouclier de citoyens sur le principal média social de la ville, «Saint-Bruno-de-Montarville d’hier à aujourd’hui», ceux-ci y ayant appris qu’ils devraient s’acquitter d’un emprunt fait par la ville pour l’achat du terrain et autres frais reliés. Devant le tollé que suscita cette annonce, le conseiller Grisé Farand, qui pilotait le projet et qui l’avait présenté au conseil qui y a donné son accord, annonçait sur la page  du groupe un peu plus tard que c’était une «erreur administrative» et que ce projet n’aurait jamais dû faire l’objet d’un règlement d’emprunt et donc, que c’est la ville à même ses fonds de réserve qui en défraierait les coûts. Or même si cette décision était la bonne et qu’effectivement il s’agissait d’une erreur administrative, ce n’était pas à ce conseiller de prendre seul cette décision. C’est une décision qui relève uniquement du conseil municipal; un conseiller ne peut de son propre chef renverser une décision du conseil. Le conseiller Grisé Farand est un politicien expérimenté, il n’aurait donc pas fait cette annonce et évoqué une erreur administrative, sans avoir reçu l’aval du DG de la ville et d’autres élus (ce qu’il ne nie pas). Si l’implication du DG était confirmée, cela s’avérerait une autre faute grave de sa part, car sa fonction ne l’autorise pas à passer outre une décision du conseil.

Alain Dubois, chronique municipale

MISE AU POINT

Je tiens à préciser ici que je suis indépendant de tout parti pris politique. Lorsque le Parti montarvillois était majoritaire au conseil, j’ai publié des textes très critiques les concernant: îlot Natrel, abandon de vélo vert, non dédommagement des propriétaires de frêne qui étaient aux prises avec l’agrile du frêne, consultations publiques qui ressemblaient d’avantage à des vernissages qu’à de véritables consultations, etc… Je soulignais aussi leurs bons coups: la consultation Imaginons Saint-Bruno 2035, le développement du parc industriel, le projet SPA station thermale, le projet d’un complexe sportif, etc… Or maintenant que la ville est gouvernée par une coalition d’élus opposée au maire et à son parti, j’accorde à ceux-ci le même intérêt et me montre tout aussi critique envers eux que je l’ai été envers le maire et le Parti montarvillois. Malgré mes textes polémiques, j’ai toujours maintenu des rapports cordiaux avec ces derniers. Même s’ils n’étaient pas d’accord avec moi, ils respectaient mes positions et appréciaient le débat politique (et c’est encore le cas). Or la réalité est bien différente aujourd’hui avec les conseillers et conseillères membres de la coalition d’élus qui dirige la municipalité. Ils sont dans une dynamique “qui n’est pas avec moi est contre moi” et je suis devenu en quelque sorte le Darth Vador des médias. À l’exception notable de M. Grisé Farand, ils se sont tous retirés de façon concertée du groupe Facebook que j’administre, «Saint-Bruno-de-Montarville d’hier à aujourd’hui», pour investir un groupe de type «Spotted». La plupart ne me répondent plus lorsque je les contacte (ils m’ignorent) y compris ceux (et celles) avec qui j’entretenais de bons rapports et lorsque certains daignent me répondre, ils trouvent un prétexte pour ne pas répondre à mes questions. Je déplore cette attitude, mais elle m’a fait mieux comprendre la malsaine dynamique qui règne maintenant au sein de notre conseil municipal. Et comme le dit la maxime, «les absents ont toujours tort».

Concernant le DG

Mes critiques et commentaires n’ont rien de personnel, c’est peut-être un bon gars, je ne le sais pas… J’ai le ton un peu pamphlétaire qui est propre à mon style que certains apprécient et d’autres détestent. Mais ce que je relève dans mes chroniques sur son travail depuis qu’il est en fonction doit à mon sens être soulevé. Le DG, dans une ville comme la nôtre, surtout en cette période de tumulte au conseil municipal, joue un rôle important et en ce sens, il mérite que l’on porte une attention particulière à son travail. J’avais émis des réserves envers Guy Hébert lors de sa nomination puisque sa démission forcée comme DG de Montréal s’était faite à la demande du ministre de la sécurité publique et dans le contexte d’une faute alléguée d’ingérence dans l’administration de la justice. Or je n’étais pas le seul à ce moment à me montrer critique face à cette nomination, c’était aussi le cas des conseillers de l’opposition qui contestaient ce choix du maire et du comité de sélection, entre autres, car celui-ci avait été un ancien collègue du maire Martin Murray à l’époque où ce dernier occupait un poste à la ville de Montréal…   D’ailleurs ce sont ces mêmes conseillers, du moins ceux qui étaient présents à cette époque,  qui ont vertement critiqué le maire pour le départ de Guy Hébert… comme quoi…

Au sujet du conseiller Ludovic Grisé Farand

Non je ne m’acharne pas sur lui, mais comme il est le seul conseiller qui a ouvertement manifesté son intention de briguer le poste de maire, je lui accorde aussi une attention particulière.  Cela dit même s’il m’accuse, comme d’autres, régulièrement d’être un ami du Parti montarvillois, il est le seul des conseillers de la coalition des élus qui gouvernent la ville à ne pas avoir quitté le groupe Facebook que j’administre, et souvent il y publie des billets et commentaires. Évidemment, comme pour le maire, il est souvent confronté par des membres du groupe, mais il persiste et ne craint pas le débat public et c’est tout à son honneur.

Rectificatif: Dans le texte initial, j’avais écrit que le maire avait été exclu du comité de sélection qui choisissait le futur DG. Suite à la publication de l’article, le maire m’a contacté pour me dire que ce n’était pas le cas… Comme j’ai vraisemblablement mal interprété ses propos, j’ai retiré cette partie de l’article.


(1) L’actuel Directeur général de Saint-Bruno-de-Montarville, Sylvain Brouillette a fait carrière au sein du SPVM. Il y a été plusieurs années un membre de l’état-major (jusqu’en 2015).  Responsable des affaires générales, Sylvain Brouillette  avait comme mandat, entre autres, le développement de la commercialisation des services de police. Pendant qu’il était en poste, l’état-major était aux prises depuis plus d’une dizaine d’années avec de graves problèmes de gouvernance et de luttes de pouvoir fratricide.  La situation était à ce point difficile que le bon fonctionnement de ce grand service de police en était affecté. Pour régler cette crise, le gouvernement  du Québec a dû, quasiment, mettre le SPVM en tutelle (2017) et y a nommé un directeur de police extérieur à cette organisation policière  (Martin Prud’homme, SQ). 

Sur ce sujet: https://www.ledevoir.com/politique/montreal/514797/le-ministre-coiteux-et-la-mairesse-plante-feront-le-point-sur-l-avenir-du-spvm ; https://www.ledevoir.com/politique/quebec/492605/le-ministre-coiteux-declenche-une-enquete-administrative-sur-le-spvm; https://www.ledevoir.com/societe/492373/la-culture-du-silence-et-du-soupcon-au-sein-du-spvm ; https://www.ledevoir.com/politique/montreal/492833/toutes-les-enquetes-internes-du-spvm-transferees-a-la-sq

Photos partie de golf: captures d’écran provenant de la page publique du conseiller municipal de Saint-Bruno-de-Montarville Joël Boucher

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