Le début de la fin pour les résidences pour personnes âgées?

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La pandémie à laquelle les populations du Québec et du Canada sont confrontées amènera sûrement de profonds changements dans les structures d’hébergement pour nos aînés. La crise actuelle a fait ressortir de graves dysfonctionnements structurels dans les CHSLD publics et privés. Les maisons des aînés dont fait la promotion l’actuel gouvernement sont un pas dans la bonne direction, mais cela ne sera pas suffisant. Il faudra trouver d‘autres formules d’hébergement pour offrir des soins de qualité aux personnes en perte d’autonomie.

Résidences pour aînés: des mouroirs?

Mais la remise en question la plus importante concerne la sur utilisation des résidences pour aînés autonomes et semi-autonomes. Ce type de logement avec services n’a cessé de gagner en popularité ces dernières années et ce, à un tel point que 8% de nos aînés y habitent. Une popularité qui s’explique en bonne partie par l’incapacité des gouvernements qui se sont succédés au Québec d’offrir à ceux-ci les services dont ils ont besoin et que leur promettaient ces résidences. Or plusieurs de ces résidences ont terriblement failli à leurs engagements envers leurs locataires. Et même celles qui sont arrivées à mieux gérer cette crise doivent mettre en confinement forcé des dizaines, des centaines de leurs résidents. Lorsqu’approchera la fin de la pandémie, les experts en marketing des entreprises propriétaires de ces résidences s’activeront pour rassurer leurs locataires et futurs clients. Ils s’engageront à apporter des correctifs et à améliorer leurs services. Mais peu importe les efforts cosmétiques qu’ils feront, le problème restera entier. La grande concentration de personnes âgées et vulnérables à toute propagation communautaire d’un virus comme le mortel COVID-19 exposera toujours au pire leurs résidents…

Si cette pandémie met en relief les lacunes de nos structures d’hébergement pour aînés, il ne faut pas croire que la situation se réglera de façon automatique et permanente dans un an ou deux, lorsqu’un vaccin sera administré à tous nos concitoyens. Car tôt ou tard, un autre et pire virus est destiné à nous frapper. «Plus contagieux ou encore plus mortel (…) , comme la grippe espagnole de 1918. Il faut déjà y penser. Il n’est pas question ici du sprint des prochains mois pour sauver des vies. Plutôt du marathon de la prochaine décennie. Ce fameux monde d’après la crise dont parle déjà François Legault.» (1-Guillaume Piedboeuf). Dans l’après-pandémie, avec tous les risques associés à ce type d’hébergement, qui voudra vivre par choix dans des résidences pour aînés? À Saint-Bruno-de-Montarvile, le groupe COGIR a de la chance que son projet de résidence pour aînés qui a été décrié par les Montarvillois ait été retardé, puisqu’il pourra développer en lieu et place un autre type de projet résidentiel qui celui-là, espérons-le, sera en phase avec les besoins du milieu et inclura des logements multigénérationnels et abordables pouvant accueillir autant nos aînés que de jeunes familles.

Les alternatives

Presque tous les politiciens, experts et intervenants affirment maintenant à l’unisson qu’il faut développer les services à domicile afin de permettre aux personnes âgées de demeurer le plus longtemps possible chez eux. Par contre, ils oublient une dimension importante; l’offre de logements accessibles et adaptés aux aînés est quasi inexistante.

Il faudra vite développer des logements adaptés, à accès facile et universel où ils ne seront plus condamnés à vivre en ghetto et dans lesquels ils auront accès à un ascenseur, à une salle communautaire et à d’autres services. En somme, un véritable milieu de vie qui favorisera le maintien à domicile et une vie active et qui valorisera leur contribution à la vie communautaire.

Si des entreprises privées peuvent, en partie, offrir ce type de logement multigénérationnel, elles ne seront pas en mesure de combler tous les besoins, entre autres, dans l’offre de logements abordables et subventionnés pour ceux qui en ont besoin. Pour pallier cette situation, les municipalités et les différents paliers de gouvernement devront mettre l’épaule à la roue et utiliser les services des OSBL en habitation, qui sont les seuls capables d’offrir ce type de logement.

À Saint-Bruno, nous avons la chance d’avoir ce type d’OSBL: la Société d’Habitation Le Paillasson (SHLP). En collaboration avec la ville, qui lui a offert un terrain, elle s’affaire déjà à développer un complexe domiciliaire multigénérationnel pour lequel la SHQ a déjà réservé le financement pour 28 unités. Il tarde aux administrateurs de cet OSBL, dont je fais partie, d’aller rapidement de l’avant afin que celui-ci se concrétise illico. Ce type de logement correspond à un réel besoin que la crise actuelle a mis en exergue. Pour répondre à l’ensemble de la demande il sera nécessaire, avec l’appui de la municipalité et des gouvernements provincial et fédéral, d’aller sans trop attendre de l’avant avec d’autres projets.

Face à l’urgence de la situation, la ville pourrait forcer les promoteurs immobiliers de gros projets résidentiels à réserver au prorata du nombre de logements prévus dans leur projet un certain nombre d’unités pour des logements abordables et subventionnés. Ou comme je l’ai vu à Montréal, les obliger à céder une partie du terrain ou du bâtiment à un OSBL en habitation pour qu’il y développe des logements. Actuellement, la municipalité demande plutôt au promoteur de verser un montant dans un fonds destiné au développement de logements de ces dernières catégories. Cette mesure est intéressante, mais elle ne suffira pas à combler rapidement les besoins. Il faut agir sans plus attendre pour développer une offre de logements multigénérationnels dans laquelle nos aînés pourront avoir une place de choix.

Alain Dubois,

Ce texte d‘opinion n’engage que son auteur

(1)-Guillaume Piedboeuf https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/843/pandemies-science-zoonose-solutions-prevention-virus-covid-19

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