Neuf barrières psychologiques derrière le refus de la vaccination

Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue

Alors que le Québec est frappé de plein fouet par la quatrième vague pandémique, mettant sous pression le réseau hospitalier, refuser encore de se faire vacciner contre la Covid-19 peut sembler insensé et en irriter plusieurs. Dans l’optique de mieux comprendre ce qui peut amener une personne à hésiter ou à refuser la vaccination, il s’avère essentiel d’identifier les barrières psychologiques qui peuvent sous-tendre le refus de la vaccination.

Comme psychologue clinicienne œuvrant majoritairement auprès d’adultes présentant des troubles de la personnalité et des troubles anxieux ou de l’humeur, je suis aux premières loges de la détresse, de la frustration et de l’expression du mal-être des gens au cœur de cette pandémie. Derrière le refus de se faire vacciner, il y a tout un éventail émotionnel complexe qui teinte les comportements et les choix de chacun.

En effet, hormis les motifs religieux et culturels, ou des conditions de santé justifiant de ne pas recevoir le vaccin, le choix de ne pas se faire vacciner peut être attribuable à un ensemble d’autres facteurs. En voici neuf qui offrent un bon aperçu de la complexité de la situation.

Incompréhension et manque d’information

Une première barrière réside dans l’incompréhension et le fait de ne pas savoir quoi penser de la nécessité de se faire vacciner.

Face à des avis contradictoires et à un manque d’informations, on peut ressentir de la perplexité : pourquoi se faire vacciner si, de toute façon, on peut attraper le virus et le transmettre ? Pourquoi vacciner les jeunes s’ils sont moins vulnérables face au virus? Ne pas trouver de réponse satisfaisante à ces questions paralyse la pensée et diminue la mobilisation.

Craintes liées aux piqûres… et aux vaccins

Certaines personnes ressentent une forte peur des aiguilles ou de la douleur liée à la vaccination. Bien que de l’extérieur cette peur puisse sembler irrationnelle, elle est ressentie intensément par la personne qui en souffre.

L’appréhension de l’aiguille ou de la douleur est parfois si anxiogène que cela peut mener à éviter toute situation impliquant de près ou de loin la vaccination. Au point où parfois la seule vision d’images de vaccination peut être source d’anxiété.

Un homme avec un masque tient un chien devant une jeune femme, portant le masque elle aussi
Le zoothérapiste Sylvain Gonthier et son chien Bidule réconforte Divine Nsabimana alors qu’elle attend sa dose de vaccin contre la Covid-19, à Montréal, le 26 août. La Presse canadienne/Graham Hughes

Dans d’autres cas, la peur sera plutôt associée aux effets secondaires du vaccin. Sans être dans un refus massif de la vaccination, certains préfèrent attendre que plus de gens se fassent vacciner et évaluer les répercussions du vaccin à long terme avant de tendre le bras.

Sentiment d’impuissance

Une autre barrière psychologique se rapporte au sentiment d’impuissance et de découragement face à l’idée que la pandémie va perdurer, peu importe les efforts de vaccination, notamment devant la menace des nouveaux variants du virus.

Le terme de «fatigue pandémique» a été mis de l’avant pour traduire cet état de lassitude et de démotivation à un moment de la crise où les périodes se suivent et se ressemblent. La résignation et une perte d’espoir peuvent entraîner une démobilisation, entre autres envers les efforts de vaccination.

Sensible, mais non concerné

D’autres personnes encore sont sensibles aux répercussions de la pandémie, mais ne se sentent pas personnellement concernées: «Je suis en bonne santé, ça me protège». Comme elles ont souvent un manque de connaissances sur la maladie et la vaccination, elles ne sont pas particulièrement préoccupées par les impacts néfastes du virus sur leur santé et sur les risques de transmission. À noter que ces personnes ne sont pas réellement en opposition au vaccin.

Méfiance par rapport à ce qui est introduit dans le corps

Certaines personnes surveillent scrupuleusement tout ce qui pénètre dans leur corps. Elles ont un malaise viscéral à absorber un agent extérieur menaçant leur équilibre et leur intégrité.

Se sentir obligé d’incorporer ou d’ingérer un élément inconnu peut être perçu comme une intrusion, une contamination voire une agression. Ne connaissant pas les ingrédients qui composent le vaccin, ces personnes seront réticentes ou même opposées à le recevoir.

Déni de l’anxiété

Face à une situation anxiogène, chacun réagit différemment. Certains vont être dans l’action et la recherche de solutions, d’autres vont se confier à des proches, ou seront davantage débordés émotionnellement.

D’autres encore seront dans des réactions de déni. Le déni est un réflexe automatique et non conscient agissant comme un pansement pour maîtriser l’angoisse. Dans le contexte pandémique, cela peut s’exprimer par le déni de la gravité de la maladie, le déni de sa propre vulnérabilité à contracter le virus, ou encore le déni de l’existence même du virus.

Sentiment de rejet et d’exclusion

En tant qu’être social, nous sommes extrêmement sensibles au rejet. Certains individus ont eu un parcours de vie au sein duquel les expériences de rejet ont été plus présentes et souffrantes que pour d’autres. Ils se sentent davantage exclus de la société, ne se reconnaissent pas dans le discours officiel et les normes proposées.

De leur point de vue, les mesures sanitaires annoncées sont perçues comme «contrôlantes». Lorsque, comme eux, on ne se sent ni représenté ni écouté par les autorités, quand on se fait parodier ou critiquer par d’autres groupes de la société, on réactive les blessures d’un passé déjà marqué de rejet et on les rejoue dans un actuel souffrant.

La personne se sentira également davantage exclue et sera moins ouverte à suivre les recommandations. Elle est aussi susceptible de se sentir mieux comprise par des voix alternatives et réfractaires qui lui font miroiter qu’elle est enfin entendue.

Dépendance et évitement de conflits

Certaines personnes sont plus dépendantes face à l’opinion de leurs proches. Les dynamiques relationnelles font en sorte que la personne doute d’elle-même, se fie à l’autre pour prendre des décisions au quotidien, l’idéalise, ou encore cherche à minimiser les conflits avec lui.

Dans ces cas-là, la position et le choix de la personne seront influencés par le fait qu’un pair ne considère pas que la vaccination soit importante.

Crise de confiance

Les facteurs préalablement cités tels que la méfiance par rapport à ce qui entre dans le corps, le déni de l’angoisse et l’expérience de rejet peuvent se cristalliser vers une méfiance plus importante face aux sources gouvernementales, aux autorités sanitaires et à l’industrie pharmaceutique. Et aussi vers une crise de confiance et une défiance face à ce qui est proposé. La croyance complotiste et le rejet de l’autorité en viennent à façonner la pensée et l’identité. Il y a alors danger de polarisation.

Un homme tient une pancarte
Un manifestant anti-vaccins devant un hôpital de Montréal, le 13 septembre. La Presse canadienne/Paul Chiasson

D’autres facteurs pourraient s’ajouter à cette description des facteurs contribuant au refus de la vaccination. Comme psychologue, je considère qu’il est essentiel de comprendre les raisons pour lesquelles une personne refuse de se faire vacciner. Car les mesures et les solutions mises en place pour inciter à la vaccination rejoignent différemment les gens en fonction de leurs questionnements personnels.

Certains auront davantage besoin d’explications, d’autres d’être accompagnés au moment de recevoir le vaccin ou encore, d’avoir un espace pour se sentir écoutés et acceptés dans leur sentiment d’irritation. Des personnes enfin, pour éviter de se sentir «contrôlées», préfèreront suivre des recommandations alternatives — comme passer des tests de dépistage régulièrement — plutôt que de recevoir le vaccin.

Afin d’offrir des solutions pertinentes et avancer collectivement dans cette crise pandémique, sachons mieux comprendre les réactions de tout un chacun. Je crois que cette compréhension permettra de mieux guider les autorités dans la transmission de l’information, ainsi que dans le choix et la présentation des mesures. Pour qu’une mesure soit respectée, on doit connaître les raisons profondes qui expliquent son rejet.

Geneviève Beaulieu-Pelletier
Psychologue, conférencière et professeure associée, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Image à la une: Getty

Texte: La Conversation

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