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Port obligatoire du masque: le principe de précaution s’applique

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Dans les médias sociaux de Saint-Bruno-de-Montarville et d’ailleurs, plusieurs contestent les mesures prises par nos gouvernements et les directions de la santé publique en vue de limiter la propagation de la pandémie. Dans cet article, la professeure Mylène Ratelle explique pourquoi le port du masque est une mesure de précaution pertinente. AD

L’annonce du gouvernement du Québec obligeant le port du masque partout au Québec à compter du 18 juillet a suscité de nombreuses réactions. Certains craignent un État coercitif, d’autres ne voient tout simplement pas l’utilité d’une telle mesure. Le mot-clic cofear-19 (ou co peur-19), qui circule dans les médias sociaux, souligne cette perception d’une menace peu réelle provenant de la COVID-19.

Le débat polarise, mais l’issue est la même : le port du couvre-visage sera dorénavant obligatoire dans les endroits clos, où la proximité est élevée. Ce sera le cas dans les lieux publics comme les commerces, restaurants, cinémas et transports publics, pour ne citer que ceux-là, à l’exception des enfants de 12 ans et moins, à qui on recommande fortement le port du masque, sans que ce soit obligatoire.

Ces mesures sont similaires à d’autres, établies dans la francophonie. La Belgiquele Gabon et le Cameroun ont instauré une politique de port de masque obligatoire. Pour le moment, la Suisse a rendu le masque obligatoire dans son système de transport public, tandis que la France évalue encore cette option.

Les chiffres rapportés régulièrement à l’heure du bilan gouvernemental indiquent que le taux de décès au Canada est d’environ 8% sur le nombre de cas confirmés, chiffres similaires à ce qui est observé à l’échelle planétaire.

Bien évidemment, le citoyen cherche à établir et gérer son propre niveau de risque. Beaucoup choisissent une approche individuelle à un problème populationnel. Certains se justifient en accusant le gouvernement de mauvaise communication, de messages contradictoires sur l’efficacité du masque, de dérapage dans la gestion des centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), alors que les cas y sont concentrés.

Une science dynamique

Une bonne gestion du risque exige idéalement une connaissance de la situation existante. Dans le cas de la COVID-19, la science est toute récente. De plus, la littérature scientifique est prolifique, en raison de l’impact de la pandémie sur notre société, ce qui stimule la recherche. De janvier à juillet 2020 seulement, les moteurs de partage de recherche scientifique  indiquent que plus de 30 000 articles ont été publiés sur le sujet de la COVID-19. Il est extrêmement difficile dans ce contexte de rester à l’affût des nouvelles connaissances sur le sujet.

La science est dynamique, ce qui implique que notre gestion populationnelle et individuelle du risque le sera aussi. On sait que le taux contagion est d’environ 2,2, c’est-à-dire qu’un individu infecté va entraîner 2,2 nouveaux cas. Le nombre de nouvelles infections peut être estimé, en se basant sur de nombreux facteurs (sociaux, démographiques et cliniques).

Les déterminants entourant la transmission sont de plus en plus connus. Ceci étant dit, les effets à moyen et long terme de la COVID-19 ne sont pas connus à l’heure actuelle. Outre la mortalité semi-immédiate (moyenne de 18 jours entre le développement de symptômes et le décès), les autres effets sur la santé devraient aussi être pris en compte dans la gestion de ce risque.

L’incertitude sur les effets

Il est maintenant connu que les effets de la COVID-19 ne se limitent pas aux voies respiratoires. Le virus peut envahir le système nerveux causant des ACV et des hémorragies cérébrales, même chez les cas modérés. On estime présentement que les personnes infectées et sans symptôme représentent au moins 30% des infections, voire plus.

Parmi les asymptomatiques, 30% présentent des lésions sur les poumons (ground-glass opacities). En fait, la fonction pulmonaire à la suite d’une infection à la COVID-19 ne semble pas être rétablie de si tôtSelon des données italiennes, seulement 13% des personnes infectées étaient totalement guéries deux mois après l’apparition de leurs premiers symptômes, les autres rapportaient encore de la fatigue, une gêne respiratoire et des douleurs articulaires et thoraciques. Chez l’enfant, même si le pronostic est meilleur que chez l’adulte, on observe des effets similaires. De plus, un effet marginal a été rapporté chez les enfants : un dérèglement du système immunitaire conduisant à une inflammation exagérée.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a annoncé qu’à compter du 18 juillet le port du couvre-visage serait obligatoire dans les lieux publics fermés partout au Québec. Cette réglementation sert à nous protéger, tout en facilitant le retour à la normale. LA PRESSE CANADIENNE

L’infection à la COVID-19 semble aussi être associée à la baisse de la fonction thyroïde. De plus, certains chercheurs ont soulevé la question de savoir si la COVID-19 pouvait potentiellement avoir des effets sur la fertilité, mais aucune conclusion solide n’a été établie.

Enfin, l’immunité spécifique est présentement estimée à seulement quelques mois. Une réinfection d’année en année, combinée à des effets cumulatifs, n’est pas un scénario à négliger. Bref, au-delà des décès, on nage dans l’incertitude sur ce que la COVID-19 nous réserve à long terme.

Le monde scientifique est inquiet. Avec raison, il se méfie de ce nouveau danger encore partiellement inconnu et veut éviter le pire. Or quand l’information manque, il est très difficile de recommander des stratégies éclairées pour la gestion du risque. Le principe de précaution est donc de mise : il vaut mieux prévenir que guérir.

La gestion du risque

Plus les paramètres concernant la COVID-19 seront connus, plus il sera aisé de mettre sur pied des stratégies de gestion du risque, efficaces et spécifiques. La peur ne doit pas nous empêcher d’agir. En raison des grands impacts de la COVID-19 sur notre société (perte d’emplois, fermeture des écoles, altération des relations sociales, problèmes de santé mentale, pressions sur le système agroalimentaire), nous souhaitons tous retrouver tranquillement un quotidien confortable.

En attendant, le masque est une irritation mineure. La réglementation assurant le port du masque, médical ou non, sert à nous protéger, tout en facilitant le retour à la normale. Les experts en épidémiologie et santé publique sont pour la grande majorité en accord avec le port du masque obligatoire. Si tous le portent, il peut définitivement réduire la transmission communautaire, particulièrement si l’individu l’installe adéquatement.

Les experts en épidémiologie et santé publique sont pour la grande majorité en accord avec le port du masque obligatoire. Dans cette vidéo du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, le Dr Alain Vadeboncoeur montre comment bien porter le masque

Le masque peut protéger la société et les individus des effets du virus sur la santé à long terme. Prenons donc notre masque en patience pendant que les scientifiques travaillent à produire l’information qui sera nécessaire à une meilleure gestion du risque.

Mylène Ratelle Professeur associé, École de santé publique et des systèmes de santé, Université de Waterloo

Texte publié originalement dans LaConversation

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