Saint-Bruno-de-Montarville: Mieux comprendre le dossier du crématorium

Que diriez-vous si, un bon matin, vous apprenez qu’un crématorium vient s’installer juste à côté de chez vous? Que diriez-vous à votre conseiller municipal qui était au courant, qui a voté en faveur du projet et qui ne vous a pas informé. Et surtout que diriez-vous à votre conseil municipal qui a approuvé un projet qu’il a lui-même jugé sensible tout en omettant de consulter ou aviser la population concernée?

Rappel des faits

La Coop Funéraire a acheté un terrain zoné commercial adjacent à des résidences. Elle a entrepris toutes les démarches nécessaires pour implanter son crématorium et a fait approuver toutes les étapes de son projet par la ville incluant une dérogation mineure adoptée à l’unanimité par le conseil de ville de Saint-Bruno-de-Montarville. Cette dernière, sous la pression des citoyens mécontents et mis au courant en retard, a fini par adopter une résolution bloquant le projet. 

Sans surprise, la Coop a poursuivi la ville et le juge lui donne raison. 

Le jugement

Voici un extrait du jugement:

“La Ville a donc exercé son pouvoir discrétionnaire encadré de manière arbitraire en fondant sa décision sur des considérations subjectives qui ne sont pas pertinentes au processus d’approbation du PIIA.”

La CFGM est réconfortée par ce jugement en sa faveur. Les citoyens, quant à eux, reprochent à la ville de baser sa défense sur l’acceptabilité sociale alors qu’il y a des arguments solides pour appuyer leur cause.

Que va faire la ville? Aller en appel en changeant de stratégie? Négocier une sortie honorable lui évitant de payer 700 000$ d’indemnité pour avoir retardé le projet? Ou envisager une autre solution

Que vont faire les citoyens? En rester là et encaisser la défaite ou continuer à se battre.

Tout laisse croire qu’ils ne lâcheront pas le morceau.

Pour eux, c’est loin d’être fini. D’abord le permis n’est pas émis et le projet contrevient à plusieurs règlements de la ville. Selon leurs dires, une analyse appropriée permettrait de bloquer le projet en toute objectivité. Si toutefois, le permis vient à être accordé, les citoyens envisagent l’envisageable: poursuivre la ville.

Mais on n’en est pas là. Écoutons les arguments des belligérants.

Les arguments

Gaétan Poirier

Les opposants (COCAR) ont produit 60 pages de documentation exposant leurs arguments. Que contiennent ces pages? “Des faits scientifiques” selon Gaétan Poirier. Des faits démontrant la nocivité du projet. De leur côté, la CFGM a présenté des études indépendantes sur les différents aspects du projet: la génération du trafic routier dans le quartier, la dévalorisation des maisons et surtout la pollution de l’air. Sur cette dernière, les citoyens doutent de l’indépendance de l’étude faite par Wood qui, selon eux, fabrique des brûleurs. Un argument réfuté par Frédéric Tremblay (1), porte-parole de la CFGM. 

L’autre argument avancé par les opposants: le projet ne peut pas être considéré comme commerce de voisinage puisque sa capacité dépasse largement les besoins de Saint-Bruno.

Aussi, il y a un règlement de la ville sur les nuisances qui doivent rester sur le terrain du commerce. Ce qui n’est pas le cas ici puisque la fumée qui sera dégagée par les cheminées va se promener au gré des vents dans les quartiers avoisinants.

Pour la CFGM, le projet est tout à fait sécuritaire et les études détaillées le prouvent sans équivoque, puisque les émissions actuelles sont bien en deçà des normes établies. Quant aux émissions à venir, elles le seront encore moins puisqu’ils utiliseront les meilleures technologies disponibles sur le marché moderne. Il ajoute que c’est un bon projet esthétique et que l’activité ne représentera pas une nuisance pour les voisins. Au bout du compte, la CFGM est persuadée que les opposants inquiets vont se rendre compte à la fin que leurs inquiétudes étaient excessives et que la Coop est un très bon voisin.

Par écrit, M. Frédéric Tremblay précise que la capacité maximale est de 10-12 dépouilles par jour et qu’il n’est pas question d’une 3ème unité de crémation tel que mentionné par les opposants.

Acceptabilité sociale

Frédéric Tremblay

À la question d’acceptabilité sociale M. Tremblay répond que c’est vrai qu’il y a un groupe d’opposants comme dans n’importe quel projet et il peut les comprendre, mais qu’il ne faut pas généraliser. En même temps, il évoque le syndrome de “pas dans ma cour”, ce à quoi Mme Leblanc répond que leur opposition vise à ce que le règlement change dans tout le Québec et pas seulement dans ce cas précis. “…Un crématorium ne devrait pas être à côté des résidences.

On fait quoi maintenant?

“On veut que la ville n’émette pas de permis de construction” dit Mme Leblanc. M. Poirier quant à lui, veut intervenir encore pour faire en sorte que la ville respecte tous ces règlements avant d’émettre son permis. “on demande qu’ils fassent leur job rien de plus” ajoute-il. Sinon, des avenues moins souhaitables (recours légal) seront envisagées.

Mme Leblanc déplore le fait que la Coop a refusé de discuter avec les citoyens et qu’elle ait refusé toutes les propositions de la ville. 

M. Tremblay se dit au contraire très ouvert à discuter avec les citoyens. Quant à la proposition de la ville d’opter pour un autre terrain, non seulement elle arrive très tard (le 27 novembre 2020) dans le processus, en plus elle ne répond pas aux exigences minimales du projet.

En conclusion

Après avoir écouté Mme Leblanc, M. Poirier et M.Tremblay, je ne peux que constater que tout le monde semble de bonne foi et que le vrai problème ici est une communication défaillante et surtout un gros problème d’exercice démocratique. 

Comment ça se fait qu’un projet aussi sensible n’ait pas été communiqué à temps aux citoyens. Est-ce par simple paresse, incompétence, omission, … ou parce qu’on juge qu’un conseiller municipal peut représenter les citoyens et décider sans avoir à les consulter?

Aussi,quelle est notre responsabilité en tant que citoyens? 

D’un côté, la Coop dit qu’elle a agi en toute transparence. De l’autre côté, les citoyens disent qu’ils ne sont pas informés. À ça on peut répondre que l’information était disponible et que les citoyens n’avaient qu’à être vigilants. 

Sérieux?!

Bref, ce n’est pas pour rien qu’on dit que l’information est un pilier de la démocratie.

Dimanche prochain il y aura une autre manifestation. Il fera beau et je gage que les manifestants seront beaucoup plus nombreux que la dernière fois.

Reporter: Khalil Essadik

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(1) Je n’ai trouvé aucune information sur cet activité industriel sur le site web de Wood.


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