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Saint-Bruno: “Sauvons le Lac du Village” Eve Poirier

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Eve Poirier, une résidente de Saint-Bruno-de-Montarville, ignorait sans doute l’immense élan de solidarité et de mobilisation qu’allait susciter son initiative de créer le groupe Facebook «Sauvons le Lac du Village et le Lac du Ruisseau». Dans son appel aux Montarvillois. Elle souligne que ce(s) lac(s) au coeur de la ville est dans un état d’eutrophisation (détérioration) avancé et qu’il se meurt… Il faut, y écrit-elle, «Prendre action pour le(s) sauver! Protéger la faune et la flore, préserver les bandes riveraines. Se ramasser après avoir profité des lieux. Se mobiliser pour faire notre part et aussi pour convaincre la municipalité d’agir pour assainir ce milieu de vie exceptionnel.» Son appel n’a pas seulement été entendu par de nombreux citoyens, mais par plusieurs élus.

J’ai réalisé une entrevue avec Mme Eve Poirier, et afin de jauger les appuis et l’intérêt de cette initiative auprès de nos élus au conseil de ville, j’ai invité quatre de ceux-ci dont le maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray, à répondre à quelques questions en lien avec cette initiative citoyenne.    J’ai fait le choix de ne pas en faire la synthèse afin de permettre aux lecteurs du journal d’avoir accès au contenu complet des entrevues et des réponses aux questions posées, sans filtre et dans leurs versions intégrales.

Eve Poirier, initiatrice de «Sauvons le lac du Village»

Dans un premier temps, j’aimerais en savoir un peu plus sur vous. Vous êtes à Saint-Bruno- depuis longtemps?

Je suis devenue résidente de Saint-Bruno en 2008 et en suis devenue amoureuse tout de suite. J’ai quitté pour une très courte période puis y suis revenue avec grand bonheur en décembre 2018. J’ai un grand attachement à la ville, c’est ici que j’ai élevé mes 3 enfants et nous y sommes très heureux. La qualité de l’environnement, l’esprit communautaire et la vitalité ambiante sont autant d’éléments positifs de la ville que j’apprécie et auxquels je souhaite contribuer.

Avez-vous eu dans le passé (ou actuellement) des implications sociales, communautaires ou en faveur de l’environnement?

Sans militer activement, je suis très sensible à la cause environnementale. À titre d’exemple, j’ai signé Le Pacte et je tente jour après jour de joindre la parole aux actes. 

J’ai par ailleurs des implications sociales d’autre nature, notamment auprès des enfants. J’ai été présidente de l’Association de parents de l’Académie du Sacré-Cœur pendant quelques années, lorsque mes enfants la fréquentaient. J’ai aussi fondé le volet canadien d’une association indienne qui vient en aide aux enfants des bidonvilles de Mumbai par laquelle j’ai été très touchée lors d’un de mes voyages: http://www.akanksha.org/. Cette organisation agit depuis plus de 25 ans afin d’offrir une éducation de qualité aux enfants les plus défavorisés. Le fait que mes enfants soient aussi privilégiés ici, m’a donné envie de redonner ailleurs. J’y ai vu tellement de résilience, c’est encore aujourd’hui une grande source d’inspiration et d’espoir pour moi, même si depuis j’ai dû limiter mon implication de ce côté.

Qu’est-ce qui vous a incitée à (en ce moment) lancer vos initiatives en faveur de la sauvegarde du lac du Village? Y a-t-il eu un déclencheur?

J’y promène quotidiennement mon chien. J’y vais aussi régulièrement pour m’imprégner de la douceur et de la beauté de la nature. C’est ma forme de méditation pleine conscience préférée. Petite anecdote: quand je suis revenue à Saint-Bruno, j’ai littéralement couru au lac du village pour y prendre une grande bouffée d’air, m’emplir les yeux de sa beauté et dans un sentiment de très grande gratitude, j’ai fredonné (en silence!) la chanson “Il est ou le bonheur, il est là!”. J’apprécie et je participe aux activités de rassemblements festifs qui s’y déroulent, été comme hiver. Mes enfants y ont connu  leurs 1ers épisodes d’autonomie lorsque je les laissais partir jouer au hockey. Ils revenaient heureux et remplis d’une bonne fatigue après de longues heures!

Avec cet attachement au lac, que je sais ne pas être seule à partager lorsque je vois tous les promeneurs de jour comme de soir et tous les jeunes qui s’y regroupent (c’est d’autant plus un magnifique exutoire pour eux en période de pandémie), vous comprenez ma désolation de le voir dépérir. J’ai donc fait des recherches dès l’été dernier, voyant que la situation empirait, pour voir ce que la ville faisait à cet égard. J’ai trouvé la présentation PowerPoint de décembre 2018 et j’ai contacté la conseillère Isabelle Bérubé dont le nom y apparaissait. Je voulais savoir quelles suites y avaient été données. J’ai fait des démarches parallèles pour savoir ce qui se faisait ailleurs. C’est là que j’ai découvert les interventions à Boucherville (nettoyage par BioService) et à Bromont (Phoslock, en collaboration avec l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM) que j’ai mentionné sur la page FB du groupe. J’en ai informé madame Bérubé pour voir si cela pouvait contribuer aux pistes de solution à implanter. J’ignore si c’est cela qui a amené la ville à obtenir la proposition de BioService pour l’arrachage des algues, mais à tout événement je suis ravie que cela revienne à l’ordre du jour de la prochaine séance du conseil. Je ne suis nullement une spécialiste alors loin de moi l’idée de dire quelle est la bonne solution, les experts sont là pour ça. La ville a obtenu des avis, des propositions. Peut-être faut-il en obtenir d’autres? À tout événement, il faut maintenant agir et ne surtout pas les « tabletter ». Et il faut informer les citoyen.ne.s avec transparence. J’attends donc avec impatience le communiqué de la ville et la documentation afférente que les conseillers ont proposé de rendre publique.

Le déclencheur, pourquoi maintenant? J’ai fait un suivi de mes démarches auprès de Madame Bérubé qui était enthousiaste de me dire qu’une proposition serait faite au conseil pour un début d’action ce printemps. Elle m’a contactée à nouveau pour me dire que ce ne serait pas le cas… Très déçue j’ai pensé qu’une mobilisation citoyenne pourrait démontrer que les préoccupations pour la santé de nos lacs sont partagées par une très grande partie de la population, sinon la totalité, et pourrait enfin faire bouger les choses. J’ai mis sur pied le groupe Facebook, j’ai lancé la pétition. Et voici ou nous en sommes!  Déjà 269 membres dans le groupe FB et plus de 850 signataires de la pétition en 4 jours! Sans compter la participation des élus à nos échanges. Il semble y avoir un excellent momentum, c’est encourageant!

Êtes-vous satisfaite, jusqu’à maintenant, de la réponse des citoyens, et de celles du maire et des conseillers municipaux?

Très! Cette initiative semble rallier des parties jusque-là opposées dans l’arène politique et désormais unies autour d’un objectif commun pour le bien-être de toute la collectivité.

À quel moment allez-vous déposer votre pétition?

J’espère à la prochaine séance du conseil, sinon la suivante. 

Une proposition qui pourrait se réaliser rapidement? 

Prochaine étape: Une corvée citoyenne qui pourrait se tenir d’ici la fin juin et qui pourrait être accompagnée d’une assemblée en plein air à laquelle les élu.e.s seront invités pour échanger avec les citoyen.ne.s pour partager l’information disponible et discuter des prochaines étapes à franchir pour sauver nos lacs. Certain.e.s élu.e.s se sont déjà montré.e.s intéressé.e.s.

La réaction des élus

Nous avons demandé au maire de Saint-Bruno, monsieur Martin Murray, ainsi qu’à trois conseillères dont deux sont bien connues pour leur implication dans des causes environnementales, de bien vouloir répondre à des questions précises afin, tel que mentionné plus haut, d’évaluer les appuis que cette initiative pourrait avoir au sein du conseil municipal et de l’intérêt qu’elle suscite chez nos élus. Le maire ainsi que la conseillère Isabelle Bérubé ont accepté avec enthousiasme d’y répondre, mais la conseillère Caroline Cossette a évoqué le manque de temps pour y répondre et a exprimé vouloir réserver ses commentaires sur ce sujet pour les séances du conseil.  La conseillère Marilou Alarie a pris connaissance des questions mais n’y a pas donné suite.  Est-ce le signe que l’initiative de Mme Poirier suscite un malaise chez certains élus?

Le maire Martin Murray

Que pensez-vous de cette initiative citoyenne?

Je l’appuie sans réserve. Elle tombe à point, car ce dossier était bloqué, les élus de l’opposition ayant décidé de ne pas donner suite aux recommandations de l’administration municipale pour l’été à venir.

Êtes-vous d’accord avec la mesure de l’enlèvement manuel des algues et autres plantes envahissantes?

Tout à fait d’accord, car c’est une mesure sensée dans l’immédiat. Elle permet de ralentir la dégradation des lacs du Ruisseau et du Village. L’opération doit être faite le plus rapidement possible (fin juin ou début juillet). Ce type d’opération devra, selon moi, être répétée annuellement pendant une période plus ou moins longue en lien avec les autres interventions prévues.

D’autres mesures peu coûteuses sont aussi proposées. Le retour et le maintien de la qualité de nos lacs doivent s’inscrire dans une perspective à long terme. À partir des études réalisées par et pour la ville, il en ressort toute une série d’interventions qui vont du rétablissement et de l’élargissement des berges autour des lacs, à la gestion des eaux pluviales se déversant dans les lacs (le bassin versant de ces lacs est considérable), en passant par des interventions auprès et avec les riverains pour une gestion écologique des terrains privés jouxtant les lacs et le ruisseau qui part de la montagne et se déverse dans le lac Ruisseau, sans oublier un possible dragage du lac du Ruisseau. Le chantier est complexe et d’envergure. Il faudra y investir plusieurs millions de dollars au cours du prochain lustre.

 Autre chose à ajouter?

Il est plus que temps d’agir dans ce dossier. Nous avons déjà trop tardé. Dans le contexte actuel d’un conseil municipal dysfonctionnel, je souhaite grandement que d’autres initiatives citoyennes émergent pour nous obliger à faire plus et mieux pour notre communauté.

Isabelle Bérubé, conseillère du Parti Montarvillois, district 4 et experte scientifique en matière d’environnement (1)

Que pensez-vous de cette initiative citoyenne? L’appuyez-vous?

Non seulement je l’appuie, mais j’en suis ravie. Cela va me permettre de faire avancer le dossier plus vite au conseil. Les actions que nous prendrons cette année mettront des années à donner des résultats. Il est plus que temps d’agir.

Par cette réaction, les citoyens expriment leur attachement à ce qu’ils qualifient eux-mêmes de joyau de Saint-Bruno. La ville doit en prendre soin au même titre qu’un parc ou un autre milieu naturel lui appartenant. Tout comme un parc, la santé des lacs dépend des gestes de chacun.

Une des mesures (peu coûteuse) qui semble faire consensus est l’enlèvement manuel des algues nuisibles. Êtes-vous d’accord avec celle-ci? Si oui dans quel délai?

Oui, l’enlèvement (coupe) manuel des algues est une mesure temporaire. Elle doit être répétée chaque année jusqu’à ce que d’autres mesures soient prises pour freiner l’eutrophisation du lac. Elle s’avère une excellente façon de retirer de la matière organique rapidement, ce qui bénéficiera à la faune du lac notamment et à la qualité de l’eau en général. Je défends cette idée, car elle profitera au lac et aux citoyens en donnant des résultats visibles rapidement. Elle doit être bien sûr assortie à d’autres mesures.

D’autres mesures peu coûteuses sont aussi proposées telles que l’installation de barrières de rétention des matières organiques qui proviennent des lacs où tire son origine le ruisseau qui se déverse dans le lac du village. Ces lacs sont peu profonds et recèlent beaucoup de matières organiques en décomposition qui sont responsables, en partie, du haut taux de phosphore dans le lac du Village, ce qui entraîne une prolifération des algues nuisibles. Que pensez-vous de cette mesure? 

Ce n’est pas clair. Je ne vois pas cette action au plan d’action proposé. L’impact de la dégradation des feuilles et autres sources de matières organiques me semble surestimé. Les taux élevés de nitrates et de phosphates révèlent plutôt une surabondance de fertilisants utilisés sur l’ensemble du bassin versant. Comme je le disais plus haut, les mesures que nous adopterons cette année prendront beaucoup de temps à donner des résultats. Aucune solution ne donnera de résultats magiques. Les interventions sont complexes et coûteuses. Les algues nuisibles ont besoin de phosphore, de nitrate et de potassium. Il faut réduire à la source les apports de ces trois minéraux. Enlever de la matière organique est une bonne idée, mais ce ne sera pas suffisant.

Avez-vous quelque chose que vous aimeriez ajouter? 

Avec mon chapeau de scientifique: les lacs sont en milieu urbain et ils vieillissent trop rapidement (le processus est naturel, mais il est accéléré à cause des conditions existantes: nutriments, profondeur du lac, réchauffement de la colonne d’eau, modification du régime hydrique à cause des changements climatiques, piétinement de la bande riveraine, etc.). Les mesures mettront du temps à donner des résultats.

Avec mon chapeau de conseillère: je crois à l’importance de travailler avec les citoyens et de communiquer avec l’ensemble des résidents du bassin versant. Nous devons élargir la zone qui est habituellement associée aux deux lacs et créer des comités de riverains et des unités de voisinage, resserrer la réglementation, sensibiliser, etc. 

Pour sauver le lac, une mesure à réaliser rapidement

Une mesure peu coûteuse (25 000$)  pourrait être mise en place rapidement . Celle-ci a été proposée sur la page du groupe “Sauvons le lac du Village” par plusieurs intervenants. Elle semble faire presque consensus et consiste à l’enlèvement manuel des algues nuisibles.  Peu importe le plan d’action proposé, cette mesure devra se répéter pendant quelques années. Proposée par la conseillère Isabelle Bérubé, elle a été, lors d’un plénier, rejetée par la majorité des conseillers. Le conseiller du district 4, monsieur Farand Grisé, a expliqué sur la page Facebook du groupe qu’il préférait une solution plus globale d’où son refus d’accueillir cette demande.

“Cette vidéo permet de mieux comprendre pourquoi le lac se couvre d’algues chaque été. Elle ne couvre pas tous les enjeux et ne présente pas l’ensemble du plan d’action. J’espère qu’elle vous convaincra de l’urgence d’agir” Isabelle Bérubé

…une grande chance pour les Montarvillois!

Le conseil de ville a la grande chance d’avoir en son sein une experte scientifique en environnement, la conseillère Isabelle Bérubé.  Espérons que celui-ci, dont la majorité des élus se disent indépendants, sera en mesure de faire fi de toute partisanerie politique et qu’il confiera à la plus compétente des élues en ce domaine (1), le mandat de piloter ce dossier ainsi que le plan global de sauvegarde du lac du Village. 

Le Montarvillois a obtenu en exclusivité une résolution que la conseillère Isabelle Bérubé avait préparée l’automne dernier.  Malheureusement, elle ne l’a pas présentée en plénier, car la teneur des discussions ne lui laissait aucun doute sur le niveau de maturation du dossier et que dans ces circonstances sa proposition avait peu de chance d’être approuvée lors d’une prochaine séance du conseil (cliquez sur le bouton pour en prendre connaissance).

Alain Dubois, LeMontarvillois.com, chronique municipale

Note: Les entrevues ont été réalisées entre le 5 et 6 juin

(1) Isabelle Bérubé possède une maîtrise en sciences de l’environnement et un diplôme d’études supérieures en gestion de l’environnement. Elle a été directrice de Switch, une alliance pour une économie verte. Actuellement, elle occupe un poste en développement des affaires pour la Société pour la nature et les parcs section Québec. 

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