Montérégiennes: Une chaine de montagne et ses problèmes structuraux

Frédérick T. Bastarache-Ouellette

Frédérick T. Bastarache-Ouellette

(Première partie) Tel qu’en fait foi la conclusion de mon dernier billet, il importe de mettre en évidence les problèmes qui affectent la chaine de montagne des Montérégiennes. Il est primordial de soulever les pierres afin de voir les problèmes qui hantent le quotidien du pont naturel entre les Laurentides et les Appalaches.

Détrompons-nous, la réalité d’une chaine de montagne n’est pas dépourvue de situations où de multiples réflexions sont nécessaires afin d’envisager le meilleur pour elle. Nos montagnes régionales ne font pas exception à la règle.

Des problèmes par montagne

De par ma présence régulière sur les différentes collines, il m’apparaît important d’énumérer les problèmes suivants :

Mont Royal (MRL)

  1. Criminalité et trafic de drogue – L’entrée de l’avenue du Parc, avec la Statue de Sir Georges-Étienne-Cartier, consiste à la plus prestigieuse entrée sur la montagne. Le caractère de prestige n’est pas un attribut qui imperméabilise le versant Est de la montagne à d’importantes activités de criminalité et de trafic de drogue de toutes sortes. De manière assez régulière, les passants peuvent se faire interpeler pour des transactions de stupéfiants. Gare à vous pour une randonnée après la tombée de la nuit.

  1. Un belvédère anarchique – Parmi les belvédères du mont Royal, celui de Camilien-Houde, qui donne une vue à couper le souffle sur l’est de l’île de Montréal, regorge d’activités perturbatrices. On y voit des gangs de rue, des décibels hors du commun émanant des automobiles et des odeurs de pollution qui entrainent une perception que nous ne sommes pas vraiment en montagne, dans un îlot de paix et de verdure.

  1. Des accès inter-sommets laborieux – La reconnaissance des trois sommets distincts, sur le mont Royal, n’est que sur papier mais pas dans l’aménagement du territoire. En effet, il n’est pas facile de connaître le chemin idéal, sans risques de se perdre, entre les sommets Mont Royal, Outremont et Westmount. Les indications ne sont pas existantes et certains acteurs, comme les cimetières (Notre-Dame-des-Neiges plus précisément), n’aident pas l’expérience montagneuse.

  1. Un sentier risqué – Le sentier de l’escarpement promet une expérience de «bord de précipice» où d’un côté de celui-ci se trouve une importante falaise de plus d’une centaine de mètres. À certains endroits, il n’y a pas de dispositifs de sécurité et il n’est pas impossible que des personnes, avec des moyens limités, puissent se retrouver dans une fâcheuse position ou même perdre la vie. On se souvient du terrible accident du chirurgien américain, recruté par l’Hôpital Sainte-Justine, où sa chute fut fatale à cet endroit.

  1. Du trafic montagnard – Victime de son attrait, la voie Camilien-Houde / Remembrance est le théâtre d’un trafic automobile totalement incompatible avec le milieu. Je me prononce publiquement contre la circulation de transit sur cette voie publique où celle-ci doit être exclusivement dédiée à un accès au parc. Cette fermeture au transit automobile n’est toujours pas assurée au moment où j’écris ces lignes. Cette voie ne doit pas avoir la même utilité que celle du Stanley Park Causeway de Vancouver où cette dernière est utilisée pour emprunter le Lions Gate Bridge.

  1. Trop de sentiers – Le nombre incroyable de sentiers, qui sillonne le Parc du mont Royal, entraine une pression dévastatrice aux milieux naturels et ne donnent aucune chance de régénérescence de la biodiversité. Bien qu’il faille assurer une bonne expérience montagnarde, il importe de faire des choix de société où il est prévu une amélioration, en continue, de la biodiversité sur la montagne et son pourtour. Il faut donc sélectionner des sentiers afin des fermer de manière définitive.

  1. Les frênes du passé – Les obligations d’abatage des frênes, victimes de l’agrile, pourraient être une source de gros tracas pour la couverture forestière des Montérégiennes. Déjà en opération sur le mont Royal, je n’ose pas imaginer les impacts totaux pour l’ensemble des 9 montagnes.

Mont Saint-Bruno (MSB)

  1. Expérience montagneuse déficiente – Tel que mentionné dans un billet précédent, l’expérience du mont Saint-Bruno relève d’une où il faut revoir de nombreux paramètres, notamment l’accès aux sommets et la possibilité de gravir le plus haut d’entre eux. Ne respectant pas ce dernier point, le mont Saint-Bruno fait bande à part des 8 autres collines.

  1. Le Boisé des Hirondelles – L’irritant dossier, non achevé, du Boisé des Hirondelles qui laisse planer une épée de Damoclès sur ce lopin de terre riche en espèces végétales fragiles, on a qu’à penser au ginseng cinq folioles. Bien que bien pris en charge par l’administration Murray de Saint-Bruno-de-Montarville, il m’apparaît irrationnel, dénué de raison de compromettre les poumons de la Montérégie et de la région pour des intérêts pécuniaires de courte vue. Ce cas particulier doit être traité afin de damer le pion à une pratique de développement urbain passéiste.

  1. La carrière mangeuse de montagne – Le versant nord de la montagne est à l’image d’une société qui, autrefois, n’avait pas de conscience environnementale. Ce cancer de montagne a frappé de plein fouet le mont Saint-Bruno où les résidents de Sainte-Julie doivent composer avec cette désolation. Les villes de Saint-Bruno-de-Montarville et Sainte-Julie doivent trouver un moyen de se départir de leur dépendance face aux redevances minières et faire de la pression pour provoquer sa fermeture. La poussière et le bruit qui émanent de cette installation industrielle portent atteinte à l’expérience nature de la montagne.

  1. Le prix trop élevé de la SÉPAQ – En faisant un arrêt sur image de la tarification d’accès sur les collines montérégiennes, celle du mont Saint-Bruno trône au sommet de la grille. Avec ses 8,50 $ pour un accès d’une journée au parc, elle dépasse la moyenne des autres montagnes (7,00 $ au mont Saint-Hilaire, 5,00 $ au mont Saint-Grégoire, 3,00 $ au mont Rougemont et gratuit ailleurs). Sachant que l’activité physique et les saines habitudes de vie sont d’actualité, il serait important de revoir ces éléments tarifaires afin d’adopter une politique visant à utiliser les milieux montagneux comme source de mise en forme, tant physique que psychologique. Évidemment, ces notions tarifaires ne s’appliquent pas aux Montarvillois (citoyens de Saint-Bruno-de-Montarville) puisque la ville a une entente spéciale avec le parc national.

  1. Le Vieux-Moulin sous-utilisé – Construit à l’ère seigneuriale de Saint-Bruno-de-Montarville, le Vieux-Moulin est sous-utilisé et mérite d’être mis en valeur puisqu’il dégage une profonde histoire de la municipalité. De plus, on ne semble pas prendre l’opportunité que ce lieu puisse occuper un même rôle que la maison Smith du mont Royal.

  1. Un lien inexistant entre le centre-ville et la montagne – Étant l’attrait principal de Saint-Bruno-de-Montarville, devant les Promenades Saint-Bruno, il n’existe pas de lien naturel entre la montagne et le centre-ville de la localité. En effet, les aménagements et les indications n’encouragent pas une expérience intégrée entre le noyau urbain et la montagne. De plus, il n’est pas pensé un dégagement des vues sur la montagne à partir du centre-ville. La municipalité doit s’inspirer de l’avenue McGill Collège de Montréal pour marier la ville et sa montagne.

  1. Le pourtour de la montagne encore sous la pression immobilière – Le cas du pourtour de la montagne n’est pas encore scellé et peut être sous la pression immobilière, notamment dans le domaine des Hauts Bois de Sainte-Julie ou au sommet Trinité de Saint-Bruno-de-Montarville. Les effets d’une urbanisation péri-urbaine sont toujours effectifs à l’endroit du mont Saint-Bruno.

Mont Saint-Hilaire (MSH)

  1. Pression immobilière insupportable au pourtour de la montagne – Le mont Saint-Hilaire subit une pression immobilière hors du commun, surtout dans trois zones que nous connaissons comme celles de l’A-16, l’H-111 et l’H-114. En effet, des promoteurs immobiliers veulent scarifier ce secteur avec une densification anormalement élevée. Les conséquences sur l’attraction spatiale de ce secteur auraient pour effet de compromettre le caractère champêtre des abords de la montagne. On se rend à Mont-Saint-Hilaire pour profiter de la nature, pas pour s’encombrer dans un quartier dense. Il ne faut pas omettre, non plus, la déforestation qui est en cours près de la route 116 et la rue du Massif pour des fins résidentielles. Par les projets résidentiels en cours, on hypothèque les poumons de la Montérégie pour les prochaines générations.

  1. Des immobilisations vieillissantes – Lorsque nous visitons la Réserve naturelle Gault, une situation frappe les yeux, soit le vieillissement des immobilisations. En effet, on remarque facilement que des équipements méritent un rafraichissement comme des écriteaux, des délimiteurs de sentiers, du bâtiment aux abords du Lac Hertel… Étant propriétaire de la réserve, l’université McGill a déjà une priorisation effective de rénovation de ses campus du centre-ville, près du mont Royal, et de MacDonald à Sainte-Anne-de-Bellevue où un pourcentage inquiétant de vétusté a déjà été démontré par des études gouvernementales. Par des données de 2016, 73 % des immeubles de l’université sont considérés comme en mauvais ou très mauvais état. La réserve naturelle risque de passer après les campus montréalais.

  1. Des mesures insuffisantes de protection du East Hill – Malgré le fait que le East Hill soit totalement fermé aux visiteurs, il n’est pas impossible de voir des délinquants s’aventurer sur cette partie de la montagne et faire des feux de camps comme semble l’avoir démontré l’incident du 28 octobre 2017 où un feu de camp a ravagé 1,6 hectare de biodiversité au sommet. Les accès à la montagne, via la municipalité de Saint-Jean-Baptiste, devraient être revus afin d’indiquer formellement que l’accès est interdit et que la technologie puisse aider la détection d’une présence non-autorisée sur les lieux, si cela n’est pas déjà fait.

  1. Une croissance inquiétante de visiteurs – Avec ses 300,000 visiteurs annuels, le nombre croissant de ces visiteurs inquiète beaucoup la communauté de Mont-Saint-Hilaire où le milieu a été conçu que pour un nombre de 100,000 visiteurs par an. Le retour à un tel niveau est totalement non envisageable puisqu’hautement irréaliste mais l’enjeu repose sur le fait de gérer cette croissance afin de permettre à la montagne de ne pas suffoquer par la pression exercée par la présence humaine importante. Est-ce que cette gestion doit passer par la répartition des visiteurs sur les autres collines ?

  1. Également une carrière mangeuse de montagne et des règles injustifiées – Étant dans une situation similaire à celle du mont Saint-Bruno, le mont Saint-Hilaire a subi les ravages de l’industrie minière où le versant est de la montagne est scarifié à tout jamais. Visible depuis l’autoroute 20 ou la route 116, ce trou est une véritable tache sur une page blanche qui gâche la beauté naturelle de l’intrusion. Les règles de visite sont très restrictives où une seule journée, par an, n’est accordée qu’à une trentaine de membres du Club de minéralogie de Montréal. Afin de mieux comprendre les formations des intrusions montérégiennes, il serait important d’accorder des visites, à des non-membres du club, afin de donner la chance au plus grand nombre de voir les beautés de la montagne. Je reste toutefois en faveur de la fermeture de la carrière afin de limiter les dégâts sur cette intrusion vieille de 125 millions d’années.

  1. Le caractère anarchique de l’entrée de la réserve naturelle – Victime de son succès, par le beau temps, l’entrée de la réserve naturelle peut ressembler à une heure de pointe à Montréal. En effet, il n’est pas impossible que d’importantes lignées d’automobiles puissent se créer sur le chemin de la Montagne et perturber le caractère paisible du secteur. Certains propriétaires font des affaires en or pour le stationnement quand celui de la réserve est complètement plein. De plus, il n’est pas impossible de voir des gens accéder à la montagne, sur d’autres entrées, puisque celle principale est nettement trop sollicitée. Bref, une réflexion doit être mise sur la table sur cette situation puisque celle-ci sera intenable sur le moyen, long terme.

Après cette vingtaine de problèmes énumérés, une deuxième partie sera publiée, dans deux semaines, afin d’aborder ceux des monts Rougemont, Saint-Grégoire, Yamaska, Shefford, Brome et Mégantic.

Frédérick T. Bastarache-Ouellette

Texte précédent: Un sommet à l’image d’une montagne d’exception

Photo 1 (texte): Les  amis de la Montagne