Un sommet à l’image d’une montagne d’exception

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Frédérick T. Bastarache-Ouellette

Frédérick T. Bastarache-Ouellette

En tant que passionné et montagnard montérégien, j’ai participé au sommet du mont Saint-Bruno qui s’est déroulé au Centre Marcel Dulude le vendredi 23 mars 2018 au matin. J’ai également participé au sommet du mont Saint-Hilaire l’été dernier ainsi qu’aux Assises des montérégiennes d’octobre 2016.

Le sommet du mont Saint-Bruno cadre dans une série de rendez-vous régionaux qui visent à mousser la concertation et l’intérêt des communautés locales à l’endroit de leur montagne. Cela s’inscrit dans la logique post-assises des Montérégiennes où l’attention est plus accordée à la montagne à l’unité qu’à l’ensemble, bien que cette dernière n’est pas omise.

Le regard était porté sur le mont Saint-Bruno et sa situation périurbaine, dans un contexte de développement urbain substantiel, où la nécessité de protection de l’Îlot de nature et de biodiversité a été largement démontrée et prônée au travers le sommet.

Couronné de succès, ce sommet a pu mobiliser un nombre plus qu’intéressant de personnes afin de générer une quantité industrielle d’idées dans une logique analytique matricielle FFOM sur des notions de «forces», «faiblesses», «opportunités» et «menaces». La mobilisation du mont Saint-Bruno a été nettement supérieure à celle du mont Saint-Hilaire. Il est à noter la présence d’élus de la ville de Bromont et d’aussi loin que Rigaud près des frontières de l’Ontario à propos du mont Rigaud (le mont Rigaud est un pluton de même géologie que les Laurentides).

Ordre du jour du sommet

D’entrée de jeu, de manière introductive, la parole a été accordée au maire de Saint-Bruno-de-Montarville, au directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal et la ministre responsable de la Montérégie.

C’est à la suite des ces déclarations d’ouverture et de courtes présentations de la situation du mont Saint-Bruno que les participants ont été appelés à se réunir autour de tables thématiques pour compléter les tableaux matriciels.

Les thèmes abordés: 1) les paysages patrimoniaux et identitaires, 2) les milieux naturels, les corridors écologiques et les services écosystémiques, 3) la mise en valeur, 4) le patrimoine naturel, culturel, historique et bâti et 5) les Assises Montérégiennes, enjeux et projets.

Dans le cadre des différents ateliers, j’ai apporté une série d’éléments importants afin d’aider la bonne prise en charge du mont Saint-Bruno et des collines montérégiennes. Ces points entrent dans une logique matricielle.

  1. Force – Le niveau élevé de protection du massif forestier du mont Saint-Bruno, par rapport à d’autres montérégiennes, aide énormément la bonne prise en charge de protection additionnelle par la règle, bien implantée, du précédent. Le rajout se fait plus facilement que la création d’une aire de protection.

  1. Force – L’importante conscientisation environnementale des citoyens des villes de Saint-Bruno-de-Montarville, Sainte-Julie et Saint-Basile-le-Grand aide beaucoup l’action de protéger et de mettre en valeur le mont Saint-Bruno, ce qui n’entraine pas la création de nouveaux paradigmes. Les politiques publiques de ces trois villes sont enlignées vers une protection de plus en plus importante de la montagne et de son pourtour.

  1. Faiblesse – La nécessité de revoir l’expérience du parc national afin de mettre de l’avant le concept de montagne puisqu’il n’est pas appliqué de manière convaincante à l’heure actuelle. Les sommets de la montagne ne sont pas aménagés comme ils se doivent pour mettre en valeur les vues aériennes potentielles près des antennes et des pistes de Ski Saint-Bruno. N’étant pas accessible, le sommet absolu du mont Saint-Bruno, à 218 mètres d’altitude, n’est pas aménagé pour voir la beauté des monts Saint-Hilaire, Rougemont, Yamaska et Saint-Grégoire. Il faut pouvoir accéder au sommet de la montagne.

  1. Faiblesse – La géologie des collines montérégiennes n’est pas mise en valeur sur les différentes montagnes alors qu’il s’agit de l’une des caractéristiques fondamentales et existentielles de la chaine de montagne. La quasi unique concentration est portée à la biodiversité et les notions géologiques ne ramassent que des miettes. La particularité des collines montérégiennes repose sur le fait qu’elles consistent à des plutons intrusifs d’âge du crétacé inférieur. Seuls quelques exemplaires de roches ignées ou ordoviciennes sont exposés dans le sous-sol de la maison Smith du mont Royal.

  1. Opportunité – La fin des activités de la défense nationale est une opportunité en or pour accroitre la protection des milieux forestiers et naturels en Montérégie. En effet, il s’avère important de négocier et d’inclure cette surface forestière au parc national afin de protéger les milieux naturels de potentielles menaces.

  1. Opportunité – La prise en considération globale des Montérégiennes viendrait accroitre substantiellement l’attrait des montagnes aux yeux de la société québécoise et mobiliserait plus de ressources pour ses intérêts. L’enjeu d’une bonne prise en charge d’une chaine de montagne parait plus fondamental qu’une montagne unique.

  1. Menace – La non participation des monts Royal et Mégantic dans la logique montérégienne risque de porter atteinte à la bonne prise en charge des considérations globales de la chaine de montagne et créer un schisme dans le développement des Montérégiennes. Il importe de créer des ponts avec ces deux montagnes afin de ne pas laisser ces deux maillons majeurs en reste. La grande distance (Mégantic) ou l’insularité (Royal) ne doivent pas être des motifs d’exclusion.

  1. Menace – Les développeurs immobiliers constituent à la principale menace des milieux naturels des montagnes puisqu’il peut y avoir d’importants dommages irréversibles, de nombreux exemples sont malheureusement énumérables. Les considérations de protection des milieux naturels ne sont pas les mêmes d’une montagne à une autre. On a juste à regarder du côté des monts Shefford et Brome pour constater cette disparité à comparer avec le mont Saint-Bruno ou le mont Saint-Hilaire.

Une critique constructive

Bien que rendant hommage au leadership et à la détermination du maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray, il importe que le processus soit beaucoup plus pragmatique par rapport à la réalité sur le terrain.

En effet, le fait de discuter et de se réunir n’est pas une source de règlement des problèmes structuraux qui affectent les collines. Il faut donc accélérer les réunions régionales et entamer rapidement un plan d’action pour faire face à la musique. Il est à noter qu’en octobre prochain, le bilan de deux ans se résumera à deux réunions régionales et des assises si les choses ne subissent pas de catalyseur.

Pour faire un portrait des problèmes sur les Montérégiennes, une seconde chronique sera rédigée à cet effet.

Frédérick T. Bastarache-Ouellette
Chronique – Collines Montérégiennes

 

Photo par Fralambert — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Du même auteur: Montérégiennes: Une chaine de montagne et ses problèmes structuraux

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