Une usine Renault à Saint-Bruno-de-Montarville…

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Voilà ce qu’annonçaient en 1964 Pierre Dreyfus, de chez Renault, et Gérard Filion, directeur de la SGF et maire de la municipalité  (1960-1968).

Dans un Québec en pleine mutation

Le Québec est en pleine révolution tranquille, Jean Lesage dirige la province et il met tout en œuvre  pour que  les francophones, qui ne détiennent alors que 7% des entreprises, aient la place qui leur revient dans l’économie québécoise. Pour ce faire, il entend utiliser un nouveau levier économique, la Société générale de financement, qui est en quelque sorte l’ancêtre de l’actuelle Caisse de dépôt et de placement du Québec. Il met à sa tête, une des grandes figures de la révolution tranquille, Gérard Filion.

Née d’une entente entre le gouvernement québécois, la Régie Renault et l’État français, la nouvelle usine d’assemblage S.O.M.A. (1) Renault ouvre ses portes en 1965 à Saint-Bruno-de-Montarville. 

L’usine devait assembler  les Renault  Dauphine, R8, R10 et R12 mais aussi des Peugeot 404 et 204. Mais finalement seules les Renault 8, 12 et 16 et la Peugeot 404 (1 an de production) y furent assemblées, ainsi que des pièces de carrosserie pour la R5 en normes CA/US

Une histoire brève et tourmentée…

Malheureusement, l’optimisme du départ sur l‘avenir de l’usine fut bref. Les ventes attendues pour ces automobiles ne furent jamais au rendez-vous. D’une part, les québécois n’étaient  pas encore disposés à acheter des véhicules de si petites tailles et qui de surcroît  étaient mal adaptés à nos hivers. L‘usine fut aussi en proie à de nombreux conflits de travail et ses dirigeants accusés de mauvaise gestion. 

L’usine accuse rapidement d’importantes pertes financière et les relations se détériorent entre le gouvernement québécois et Renault,  chacun accusant l’autre de ne pas respecter sa part du contrat.  Des années plus tard on apprendra que les dirigeants de  Renault ne croyaient pas au projet  et que c’est le gouvernement français de Charles De Gaulle  qui leur aurait forcé la main. Renault, dès le début des années 70, voulait se défaire de cet accord, entre autres car produire des Renault au Canada  coûtait entre 150$ et 200$ de plus par véhicule que d’importer ses véhicules d’Europe.

Il y eut un premier arrêt de production en 1972 pour reprendre en 1973 avec de grands espoirs pour la Renault 12. Peine perdue, l’usine, dont les capacités atteignaient 15 000 véhicules annuellement, n’atteindra jamais ce chiffre. La S.O.M.A. chercha des partenaires pour rentabiliser l’usine, notamment japonais, mais tous déclinèrent l’offre. L’usine ferma définitivement en 1974. C’en était fini de l’aventure industrielle de Renault (et Peugeot) au Québec.

Le film SOS SOMA est aussi disponible en ligne au coût de 12.00$ sur la plateforme Vidèthèque de Vidéographe: https://vitheque.com/fr/oeuvres/sos-soma

Après l’arrêt de la production de voitures au Canada, Renault a continué à y exporter des voitures. L’offre de modèles était même plus importante qu’aux États-Unis. À travers les années, les Renault 4CV, Dauphine, Caravelle, Estafette, R4, R8, R10, R12, R15, R16, R17, R5, R18, 30 TS, Fuego, Allliance, Encore et Medaillon furent vendues au Canada. Aujourd’hui, les modèles produits par la S.O.M.A. toujours existants sont devenus rarissimes.

La Manic GT

On construisit aussi à Saint-Bruno la première automobile québécoise, la Manic GT, un coupé sport avec carrosserie en fibre de verre construite par Automobiles Manic. Basée sur un châssis de Renault 8, la voiture était le projet de l’entrepreneur Jacques About, ex-employé de Renault Canada. Sa présentation dans les salons et expositions en 1969 et 1970 suscitèrent un réel engouement, mais les problèmes d’approvisionnement et de trésorerie ont mis rapidement fin à ce rêve d’une voiture québécoise.

Tony Vos, Losange Magazine, collaboration et adaptation Alain Dubois

Losange magasine est le magasine européen de référence pour tout ceux qui s’intéresse au constructeur automobile Renaud. Il est publié dans 5 langues.

Le grand groupe Facebook de Saint-Bruno-de-Montarville: Saint-Bruno-de-Montarville d’hier à aujourd’hui

 (1) S.O.M.A., pour Société de Montage Automobile. 

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