Il y a des phrases qui, à force d’être répétées, finissent par sonner comme des évidences. « Tout le monde sait que… » est de celles-là. Elle semble inoffensive, presque banale. Et pourtant, lorsqu’elle vient de la plume d’un chroniqueur influent comme Mathieu Bock-Côté, elle mérite qu’on s’y attarde.
Dans sa chronique du 2 août, MBC affirme (entre autres), sans nuance :
« Tout le monde sait que l’immigration massive transforme profondément les sociétés occidentales. »
Derrière cette formule se cache un sophisme bien connu : l’appel à la popularité. Ce n’est pas parce qu’une idée semble partagée par beaucoup — ou criée fort par certains — qu’elle devient vraie. Cette manière de poser une affirmation comme une vérité universelle court-circuite le débat, neutralise la contradiction et discrédite ceux qui doutent.
Et c’est exactement ce que fait MBC. Il ne démontre pas, il affirme.
Le glissement qu’on observe dans son texte est d’ailleurs révélateur : après avoir posé cette vérité supposée sur les effets de l’immigration, il enchaîne aussitôt sur la délinquance, les changements démographiques et la « réalité qu’on ne veut pas voir ». Il n’a pas besoin de dire que l’immigration cause l’insécurité : il suffit de les mettre côte à côte. Le lien se fait dans l’esprit du lecteur, discrètement. Il donne l’impression d’avoir produit une démonstration, avec des prémisses valides et une conclusion. Et c’est là que le discours devient dangereux. Parce que cette imposture est efficace dès qu’elle vient appuyer quelques préjugés, aussi petits soient-ils. Elle s’immisce aisément dans notre façon de penser, sans qu’on s’en rende compte.
Il s’agit ici d’un procédé rhétorique, et non d’une démonstration. Il n’y a ni chiffres, ni études, ni témoignages. Juste une série d’affirmations habillées du drap du bon sens. Or, on ne peut pas bâtir une réflexion sérieuse sur le réel à partir de suppositions vagues, de peurs collectives ou de généralisations émotionnelles. La réflexion se construit avec du réel, du vécu et de la nuance.
Et que dire de cette idée selon laquelle ceux qui osent « dire la vérité » seraient réduits au silence ? L’un des chroniqueurs les plus lus du Québec, dans un média de masse, se pose en victime d’un système qui, pourtant, l’amplifie chaque semaine. Ce n’est pas une démonstration, c’est une mise en scène bien rodée.
Bref, encore une pierre ajoutée à l’édifice de la haine que certains bâtissent au Québec, sous couvert de concepts nobles détournés de leur sens premier. Ça rappelle tristement les mêmes procédés qu’on retrouve chez les fanatiques ou les ennemis de la liberté et de l’État de droit.

