La chronique de Richard Martineau publiée le lundi 4 août 2025 dans le Journal de Montréal, intitulée « Militer est le nouveau yoga! », adopte un ton sarcastique et clairement polémique.
Comme d’habitude, quoi.
Résumé (lisible) de l’article
Martineau affirme que le militantisme est devenu une nouvelle forme « d’exercice physique », comparable au yoga ou au CrossFit. Il soutient que des manifestations ont lieu quotidiennement au Québec – une affirmation qui repose sur des impressions plus que sur des chiffres.
Il qualifie le militantisme de « technique de mise en forme » et le compare à des régimes diététiques. Il aligne ensuite une série d’exemples volontairement absurdes – « LGBTQ antisémites », « trans pro‑Hamas », « poules pour St‑Hubert » – pour provoquer, ridiculiser, faire ricaner.
Bref, la chronique est clairement satirique, provocatrice, et joue sur des exagérations assumées.
Il a bien le droit de faire ça, direz-vous ?
Oui et non.
Essayons d’abord de comprendre ce qu’il cherche à dire, avant de conclure.
(Si vous êtes pressés, allez directement à la fin.)
Quel est le message réel de Martineau dans « Militer est le nouveau yoga » ?
Sous sa couche de sarcasme, son texte délivre une critique de fond bien précise :
Il veut dénoncer ce qu’il perçoit comme un militantisme de façade, narcissique, performatif, devenu tendance.
Autrement dit, il ne s’en prend pas à l’engagement profond des manifestants, mais à une certaine dérive : un militantisme ostentatoire, pratiqué par des gens en quête de reconnaissance sociale plus que par conviction.
Pourquoi pas ? Il y a sans doute une part de vérité là-dedans. Mais je n’ai pas lu d’études sociologiques là-dessus. Je préfère donc, ne pas embarquer là-dedans.
Poursuivons!
Son raisonnement est le suivant :
- Les gens ont besoin de se sentir utiles, engagés, actifs.
→ Avant, on faisait du yoga ou des diètes détox. Aujourd’hui, on milite. - Mais ce militantisme ne serait pas toujours sincère.
→ Il serait devenu un outil de bien-être ou d’estime personnelle, sans réelle cohérence idéologique. - Il y aurait une confusion des causes.
→ Il exagère exprès (ex. : « LGBTQ pro-Hamas », « véganes antisémites ») pour illustrer ce qu’il voit comme des alliances absurdes.
Conclusion sous-jacente :
Le militantisme actuel serait, selon lui, une façon de revendiquer son identité, une posture morale, plus qu’un combat réfléchi.
Où veut-il en venir ?
Il vise à discréditer une certaine gauche militante (surtout jeune, urbaine, « woke ») en insistant sur quatre idées :
- qu’elle est inutile (on marche, on manifeste… mais pour quoi ?),
- égocentrique (on milite pour soi, pas pour les autres),
- incohérente (on mélange toutes les luttes),
- hypocrite (on prêche, sans engagement réel).
C’est donc une critique de la forme, pas forcément du fond des causes.
Pourquoi je n’aime pas ça ?
Parce qu’il mélange volontairement des causes légitimes avec des caricatures absurdes, pour jeter le discrédit global sur toute forme de militantisme.
C’est là que le message devient malhonnête : il part d’un point recevable (oui, il existe un militantisme de posture), mais il généralise à outrance pour faire passer tous les militants pour des imposteurs.
Et il ne s’arrête pas là. Il cible délibérément des groupes déjà stigmatisés, pour renforcer les clichés qu’il martèle depuis des années.
Cibler encore et toujours les mêmes
1. Les musulmans
- Il évoque, à peine voilé, des alliances « pro-Hamas »,
- Il laisse entendre que certains progressistes sont naïfs de soutenir des causes impliquant des musulmans radicaux,
Résultat : il alimente l’idée que l’islam serait fondamentalement incompatible avec les valeurs progressistes.
2. Les personnes LGBTQ+
- Il balance des associations grotesques : « LGBTQ pro-Hamas », « trans véganes antisémites »,
- Il ne critique pas une tendance : il dépeint un mouvement comme incohérent et ridicule.
Sous couvert de rigoler, Martineau rejoue toujours la même partition : ridiculiser les minorités, amalgamer les causes, et opposer les “bons vieux Québécois raisonnables” aux “militants hystériques”.
Bon, c’est un gros cave provocateur. Et alors ?
Oui, il fait son show. Il provoque. Ce n’est pas nouveau.
Mais le vrai problème commence quand il amalgame et propage de fausses informations.
Prenons un exemple très clair. Dans sa chronique, il écrit (je paraphrase, mais le sens est limpide) :
« Dans les pays musulmans, on ne peut pas manifester. »
Il utilise cette phrase pour faire contraste avec la “facilité” de militer ici.
Sous-entendu : ici, on abuse de notre liberté.
Là-bas (dans les “pays musulmans”), on ne peut même pas ouvrir la bouche.
Il oppose donc notre société (trop permissive, selon lui) à des pays autoritaires, pour présenter les militants d’ici comme des enfants gâtés.
L’amalgame qui pose problème
1. C’est faux, ou très simpliste
Oui, dans certains pays à majorité musulmane, les manifestations sont réprimées (Arabie saoudite, Iran).
Mais dans d’autres, elles sont fréquentes, même sous régime autoritaire :
Algérie, Tunisie, Turquie, Liban, Malaisie, Indonésie, Pakistan, Soudan… pour ne nommer que ceux-là.
Donc non, il n’est pas vrai que “dans les pays musulmans, on ne peut pas manifester”.
C’est une généralisation abusive, qui réduit des réalités politiques variées à une religion unique.
2. Et c’est un glissement islamophobe
Il ne dit pas “dans certains régimes autoritaires”. Il dit “dans les pays musulmans”.
Il sous-entend donc que là où il y a des musulmans, il y a répression, intolérance, absence de droit à la parole.
C’est là que la critique politique se transforme en stigmatisation culturelle et religieuse.
Et ça, c’est condamnable.
Pourquoi j’ai porté plainte
J’ai donc déposé une plainte au Conseil de presse du Québec.
Pas pour me faire justice.
Pas parce que je crois que ça changera tout.
Mais parce qu’à un moment donné, il faut nommer les dérives, et refuser que certains propos passent pour de simples “opinions”.
Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait des conséquences.
Ils doivent être habitués à voir ce nom passer.
Et puis, s’il se fait taper sur les doigts, imaginez le show : « la censure woke, la liberté d’expression, blablabla… »
Mais bon. Comme on dit :
« Qui ne tente rien n’a rien. »

